APPALACHES


APPALACHES
APPALACHES

Les Appalaches forment, à l’est des États-Unis, un vaste ensemble montagneux. Le plissement appalachien lui-même s’étend sur 3 600 kilomètres depuis le sud de Terre-Neuve jusqu’au nord du golfe du Mexique, mais la région montagneuse désignée sous le nom d’Appalaches est plus limitée: elle commence, au nord, en Pennsylvanie, et se termine, au sud, en Alabama. Les aspects du paysage évoquent, en plus grandiose, tour à tour ceux des Vosges et ceux du Jura européens: des alignements de crêtes et de vallées, de profondes coupures transversales utilisées par les rivières et suivies par les voies de communication, d’amples et sombres forêts, des lacs, des couloirs de dépressions où l’homme s’est implanté.

1. La montagne appalachienne

Les Appalaches ont une orientation générale du nord-est au sud-ouest. Au point de vue physique, on peut y suivre plusieurs bandes parallèles. À l’est, elles tombent sur le piémont qui s’allonge sur 1 200 kilomètres, avec une largeur moyenne de 150 kilomètres, et domine, par un ressaut plus ou moins marqué (la Fall Line), la plaine côtière qui s’abaisse jusqu’à l’océan Atlantique. Cette région du piémont est composée de couches dures qui ont été complètement rabotées par une série d’aplanissements emboîtés (niveau de Harrisburg sur les roches dures, pénéplaine de Somerville en contrebas et, par endroits, existence d’un troisième niveau). Vers l’intérieur, la limite du piémont coïncide généralement avec la zone de contact de deux types de roches: les roches volcaniques paléozoïques, à l’est, et le socle précambrien, formé surtout de granite et de gneiss, à l’ouest; l’escarpement qui en résulte est plus ou moins net, allant de 100 mètres dans le New Jersey à 500 ou 600 mètres dans la Caroline du Sud et la Georgie.

À l’ouest du piémont s’étend la région des montagnes Bleues (Blue Ridge), puissante masse montagneuse qui culmine au mont Mitchell (2 037 m) et dont la largeur varie: au nord, des chaînes parallèles, généralement peu élevées (700 m) mais dont certains points atteignent 1 000 et même 1 200 mètres au sud du Potomac, s’étendent en rides boisées sur 20 à 30 kilomètres de largeur; les chaînes sont coupées par de nombreux cols, des wind gaps , autrefois creusés par des rivières et abandonnés à la suite de captures successives; dans la partie centrale, au sud de Roanoke (370 de latitude nord), la masse montagneuse atteint 100 kilomètres de largeur et s’élève, principalement sur les bordures; aussi quarante-six sommets dépassent-ils 2 000 mètres.

Le Blue Ridge se continue en Nouvelle-Angleterre par les Green Mountains, alors qu’à l’ouest le Cambrien métamorphisé, très dur, forme la chaîne continue des Unakas, avec la célèbre région des Great Smoky Mountains qui, selon certains dires, devraient leur nom aux fumées de campements indiens, particulièrement nombreux lors de l’arrivée des premiers colons. Dans toute la région, les sommets arrondis semblent découpés en fonction d’un aplanissement généralisé auquel on a donné le nom de pénéplaine de Schooley; celle-ci, large de 130 kilomètres vers Harrisburg en Pennsylvanie, se rétrécit à ses deux extrémités, jusqu’à n’avoir plus que 30 kilomètres au nord et 60 kilomètres au sud.

À l’ouest encore s’étend la véritable zone de relief appalachien qui a reçu le nom de «région des crêtes et des vallées»; elle s’allonge sur 2 000 kilomètres depuis le Saint-Laurent jusqu’à la plaine côtière méridionale. C’est dans cette zone que l’on peut parler d’une espèce de grandiose Jura avec des plateaux, de larges vallées plates, des crêtes étroites: tous ces accidents étant parallèles, sensiblement nord-est-sud-ouest, et coupés par des vallées ayant un tracé en baïonnette. Cette région est constituée par des roches sédimentaires anciennes (Cambrien et Ordovicien), de duretés très différentes et très violemment plissées et faillées. Ce sont ces caractères qui donnent au relief son aspect rubané: les bancs les plus durs sont les grès de Medina qui forment la majorité des crêtes. Au nord, cette zone se prolonge par des reliefs assez confus en Nouvelle-Angleterre, et l’ensemble est tranché par la grande dépression nord-sud du lac Champlain et de la vallée inférieure de l’Hudson. Le centre est la partie la mieux connue et la plus typique du relief appalachien: il s’étend, du nord au sud, depuis la vallée de la Delaware jusqu’à la crête où se trouvent les sources de la rivière Tennessee. Des monts, des crêts, des vaux très typiques et plus ou moins serrés alternent régulièrement. Les sommets culminent entre 900 et 1 200 mètres. On a décrit l’évolution de la région en fonction de deux aplanissements successifs; le premier a formé la pénéplaine de Schooley et fut suivi de mouvements qui ont provoqué le dégagement des crêtes dures et l’établissement d’un nouvel aplanissement appelé pénéplaine de Harrisburg. Le tracé géométrique des rivières et de nombreux wind gaps témoignent des variations liées aux mouvements tectoniques récents. Au sud, la largeur de cette zone diminue: les vallées deviennent plus amples et plus importantes, tandis que les chaînes s’abaissent ou même disparaissent. L’extension des surfaces planes, largement déblayées dans les terrains tendres, forme la «vallée appalachienne», grande étendue plane dominée par des reliefs plus élevés au sud-est et au nord-ouest. La vallée du Tennessee forme l’axe essentiel du drainage: cette rivière, qui a la longueur du Rhin, coule dans une vallée au tracé compliqué qui a fait l’objet d’importants aménagements.

À l’ouest, les Appalaches tombent progressivement sur les plaines centrales par deux gradins de plateau dont le premier seul appartient vraiment aux Appalaches. Ce plateau appalachien est constitué par des roches primaires plus récentes que les parties orientales (du Dévonien au Permien) qui ne sont que légèrement ondulées. À l’est, son rebord domine par une corniche la «région des crêtes et des vallées». En effet, l’ensemble de ces plateaux correspond à un immense synclinal au fond très aplani et très ouvert dont les bords, formés par des roches dures, constituent cet escarpement périphérique. Ce plateau est paradoxalement, dans la plus grande partie de son étendue, plus élevé que les régions qui l’entourent. Il est essentiellement constitué de grès dur. Au nord, il a reçu le nom de plateau des Alleghenys, et s’élève de 400 mètres à l’ouest jusqu’à 700 mètres à l’est. On y a décrit les traces d’une haute surface d’aplanissement, peut-être en rapport avec la pénéplaine de Harrisburg. Vers les monts Adirondacks, ce plateau se termine par une véritable dépression périphérique élargie par la glaciation et utilisée par la vallée de la Mohawk. Au nord-est, il est dominé par les crêtes de grès dur des monts Catskill. L’action glaciaire y a été considérable et y a sculpté de profondes vallées, maintenant souvent occupées par des lacs comme les fameux lacs Finger qui, au nord-ouest, ont une disposition rayonnante convergeant vers le lac Ontario. Dans la partie méridionale, la vallée de la Kanawha est encaissée de 300 à 500 mètres et offre des formes de cañon. Au sud, ce plateau est plus étroit; la surface est ondulée avec des vallées encaissées dans les roches dures: c’est le plateau du Cumberland, dominé au sud-est par les montagnes du même nom, allongées sur 225 kilomètres, larges de 40 kilomètres et qui atteignent 800 à 1 000 mètres d’altitude. Vers le nord-ouest, ce plateau est bordé par un second gradin extérieur, constitué par des couches carbonifères plongeant dans cette direction et qui, occasionnellement, dessinent des dômes éventrés en bassins par l’érosion (bassins de Nashville, de Lexington). De vastes affleurements calcaires sont caractérisés par des phénomènes karstiques, surtout dans le Kentucky. Les rivières qui traversent cette région décrivent de gigantesques méandres (Cumberland, Ohio...).

Au point de vue morphologique, cette région des Appalaches est célèbre: elle a, en effet, servi de base aux études sur l’évolution du relief proposées par le célèbre géographe américain W. M. Davis. Les aplanissements étagés très nets qui caractérisent l’ensemble de la région lui ont permis d’établir sa fameuse théorie des «cycles d’érosion». Si l’interprétation moderne est un peu moins simple que ne l’avait pensé Davis, on peut quand même reconnaître effectivement dans la région une succession de niveaux, parfois très étendus, ultérieurement déformés et à nouveau attaqués par l’érosion. Les grandes étapes qui sont encore le mieux marquées dans la topographie actuelle sont la pénéplaine de Schooley (ou pénéplaine du Cumberland), qui a dû jouer pour la région le rôle de surface fondamentale et qui s’étend largement en dehors des Appalaches dans une grande partie des États-Unis; sa datation est incertaine: certains l’attribuent au Crétacé, mais d’autres arguments la reporteraient, au maximum, à la fin du Miocène. Ensuite, la pénéplaine de Harrisburg est représentée seulement par des aplanissements locaux plus ou moins étendus; elle daterait de la fin du Tertiaire. Enfin, localement, on a décrit des niveaux ultérieurs dans le bassin d’Ashville, dans la région de Somerville, etc.

2. Les régions appalachiennes

À cette disposition zonale nord-est-sud-ouest des grands éléments du relief se juxtapose une opposition entre le Nord et le Sud, au point de vue climatique, ce qui constitue un véritable compartimentage des régions.

Le piémont

À l’origine, couvert d’une dense forêt, mais défriché de bonne heure par les colons, le piémont était presque complètement occupé dès 1750. C’est la région agricole la plus arrosée des États-Unis: elle reçoit de 1,30 m à 1,60 m de précipitations annuelles, surtout en été. Dans le Nord, à Lancaster, la moyenne de janvier est de 0 0C et celle de juillet de 21 0C. Dans le Sud, à Atlanta, les moyennes sont respectivement de 10 0C et de 28 0C. Les sols, dus à la décomposition des roches anciennes, sont plus lourds et plus fertiles que ceux de la plaine côtière mais, exploités depuis longtemps, ils ont été la proie d’une érosion et d’un délavage qui nécessitent maintenant qu’on les fertilise. Malgré la progression des villes et des activités industrielles, l’agriculture occupe encore une bonne partie de la population. Les ressources tirées du bétail arrivent en tête du revenu agricole dans tous les États, sauf dans les Carolines. En Pennsylvanie, au Maryland et en Virginie, beaucoup de fermiers sont d’origine allemande. La production de lait destiné aux villes côtières gigantesques est importante: les États de New York et de Pennsylvanie occupent le quatrième et le cinquième rang.

Dans cet ensemble, le comté de Lancaster jouit d’une réputation tout à fait exceptionnelle: son sol calcaire est remarquablement fertile; il est exploité scientifiquement (petites fermes de 20 ha en moyenne), par assolement comprenant maïs, blé vert, tabac, et emploi de fumier acheté en Virginie et d’engrais chimiques; 10 p. 100 seulement des terres sont des pâturages. À l’ouest, la Virginie est renommée pour ses vergers de pommiers et son importante production de tabac à cigare. Cette culture prend aussi une place prépondérante dans l’ensemble du piémont central, mais le tabac y est de moins bonne qualité: la région fournit 60 p. 100 de la récolte nationale. Enfin, vers le sud, à partir du centre de la Caroline du Nord, le coton, qui fut presque une monoculture, a cédé peu à peu la place au maïs et surtout aux plantes fourragères.

L’industrie extractive qui fut très active reste diversifiée: un peu de charbon, de pétrole; des matériaux de construction en quantité importante; des ressources minières diversifiées (cuivre, zinc, chromite, talc, titane, etc.). La Georgie se classe au premier rang des États-Unis pour le kaolin; la Pennsylvanie fournit le seul gisement d’anthracite. L’essor industriel récent est dû surtout à l’hydroélectricité dont le rôle est fondamental malgré l’alluvionnement des barrages, conséquence d’une érosion intense du sol.

Aussi, sans parler des grands foyers de la côte nord-est qui ne se rattache pas directement au domaine appalachien, toute une zone s’est développée parallèlement à la bordure montagneuse depuis la Virginie jusque dans la région de Birmingham, au sud des Appalaches. Cela a provoqué un accroissement du nombre des travailleurs industriels dans les villes et une régression de la population rurale permettant une augmentation de la taille moyenne des exploitations. C’est le travail du coton qui a marqué la première étape, suivie par la pénétration d’industries diversifiées, notamment chimiques et militaires. À l’origine, l’industrie du coton s’était développée près des sources de matières premières, qui sont maintenant transportées vers les États du jeune Sud (Texas) et la Californie. Le piémont appalachien est le premier centre d’industrie cotonnière des États-Unis. Celle-ci est souvent dispersée dans des villages ou des faubourgs, surtout dans les Carolines et la Virginie. Le centre le plus important est la conurbation Winston-Salem-Greensboro (290 000 hab.), où se trouvent les sièges sociaux de Burlington, Blue Bell et Cone Mills en Caroline du Nord. Au coton sont venus s’ajouter le travail de la rayonne, puis l’industrie de la bonneterie, de la confection et des vêtements; le tiers des ouvriers des Carolines et 13 p. 100 de ceux de la Virginie travaillent dans le textile, où les salaires sont particulièrement faibles, notamment dans les Carolines. En Georgie, un important foyer textile s’est localisé à Atlanta. En Pennsylvanie, plus de 50 000 salariés travaillent également dans le textile. L’industrie du tabac s’est développée près des lieux de production à la fin du XIXe siècle: 85 p. 100 des cigarettes des États-Unis sont produites actuellement en Caroline du Nord et en Virginie. Les salaires sont élevés, l’industrie florissante; une main-d’œuvre blanche et noire travaille dans ces établissements très mécanisés. Grâce à la proximité des forêts, les industries du bois sont représentées par la production de pulpe de bois et de papier et par la fabrication des meubles; de 8 à 10 p. 100 de la main-d’œuvre locale sont employés dans cette branche. La production d’électricité a déterminé l’installation de l’électrométallurgie (aluminium à Badin) et de l’industrie chimique (engrais). Enfin, les industries alimentaires traditionnelles sont également prospères.

L’étroit piémont du nord est entièrement couvert par les développements de la «Mégalopolis». Au sud de Washington, l’urbanisation devient plus rare. Les quatre États méridionaux de Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Georgie ont des densités de population relativement élevées, grâce à l’existence d’une forte minorité noire. Les «pauvres Blancs» sont assez nombreux: ce sont des descendants d’anciens colons qui n’ont su ni s’adapter à l’économie moderne, ni s’en aller chercher fortune ailleurs, et dont le statut économique est assez proche de celui des familles noires. Les villes très importantes sont rares: leur localisation dépend des grandes voies de communication et spécialement des voies ferrées (six dans le sens est-ouest et trois dans le sens nord-sud). La première ligne de villes est située au contact de la montagne du piémont; la seconde, au contact du piémont et de la plaine côtière. Atlanta, dont l’agglomération atteint maintenant 2 millions d’habitants, capitale de la Georgie, domine le sud-est des Appalaches: c’est le point de convergence des voies ferrées qui drainent aussi bien le sud du piémont que la vallée appalachienne et permettent la circulation, de la côte atlantique vers la vallée du Mississippi; la facilité de se procurer le charbon du bassin voisin de l’Alabama, l’importance des ressources hydroélectriques et enfin le développement de l’énergie nucléaire ont assuré à cette grande capitale régionale un développement impressionnant, aussi remarquable par ses fonctions commerciales que par ses industries (textile pour le coton, aciérie, papeterie, meubles, engrais, construction de machines électriques, industrie aéronautique, briqueterie et tuilerie, etc.). Si Atlanta devait sa réputation dans le passé au rôle qu’elle joua pendant la guerre de Sécession, elle la doit maintenant à l’industrie de Coca-Cola, dont les bénéfices financent une importante université.

Les montagnes de Blue Ridge

La chaîne orientale des Appalaches constitue une véritable barrière dont les seuils sont traversés par les voies ferrées reliant la zone côtière aux grandes plaines. Située non loin de l’océan Atlantique et constituant la première ligne importante de relief, elle est parmi les régions les plus arrosées des États-Unis et est couverte par une forêt majestueuse et vaste renfermant des arbres de dimension étonnante (chêne, châtaignier, noyer, etc.). La vie s’est réfugiée dans les vallons ouverts sur les pentes des montagnes ou dans les grandes vallées longitudinales ou transversales. Dans ces espaces réduits, l’agriculture végète, aux mains de petits groupes de cultivateurs qui manquent de terres, vivent isolés, n’ont que de médiocres ressources et émigrent s’ils en ont l’énergie. Des vergers de pommiers occupent les pentes, tandis que les cultures les plus répandues sur les fonds sont le maïs, utilisé pour la fabrication du whisky, et le sorgho pour celle du sirop. Près des villes, le long des voies ferrées, l’élevage s’est développé pour la production du lait. Dans l’ensemble, l’économie rurale est très pauvre et les cultivateurs sont de moins en moins nombreux. Le panorama de l’industrie n’est pas beaucoup plus brillant; l’hydroélectricité et les transports ont permis le développement de quelques activités locales, mais limitées par le manque d’espace: un peu de textile, du bois et, à Ducktown, quelques fonderies de cuivre traitant le minerai local. Pourtant, l’exploitation de la forêt s’est accrue et surtout certaines formes de tourisme (stations estivales d’altitude). Deux centres industriels se sont développés qui comptent deux usines de rayonne parmi les plus vastes du monde: ce sont Roanoke, sur une voie ferrée transversale, et Asheville, dans un bassin situé à 700 mètres d’altitude. C’est un site de cure; on y trouve aussi l’industrie du bois, l’exploitation du mica, etc.

La région des crêtes et des vallées

Dans ce paysage très morcelé, les vallées sont plus sèches et plus chaudes. Les communications sont difficiles en raison du morcellement du relief: les routes sont généralement parallèles aux vallées, avec de brusques décrochements afin d’utiliser les wind gaps pour franchir les chaînons; une grande transversale, grâce à sept tunnels, permet de relier Harrisburg à Pittsburgh, tandis qu’un peu plus au sud une grande route emprunte la vallée du Potomac, de Washington vers Cincinnati. La région, autrefois boisée, a été tellement défrichée qu’au début du siècle elle apparaissait en de nombreux cas comme réduite à l’état de lande; depuis cette époque et surtout depuis une trentaine d’années, on a obtenu un reboisement substantiel. Dans l’ensemble, la pauvreté de l’agriculture est caractéristique, alors que les villes et les industries ne se sont installées, ici ou là, qu’à la faveur d’un accident favorable du relief. Dans la partie orientale de cette région s’ouvre une longue dépression depuis l’Hudson au nord jusqu’à la vallée supérieure du Tennessee au sud; c’est la «Grande Vallée appalachienne», d’inégale largeur et qui est devenue le centre de la vie économique moderne. Dans le Nord, cette dépression rassemble plusieurs centres industriels importants, comme la conurbation d’Allentown (textile et construction de camions, aciérie de Bethlehem, textile de soie et de rayonne à Easton); un peu plus au sud, à Reading, on exploite l’anthracite expédié vers Philadelphie; on y trouve aussi des usines textiles. Dans cette dépression intérieure, l’élevage occupe une place prédominante, aussi bien pour la production du lait que pour celle des bêtes de boucherie, tandis que les pentes sont plantées de vergers de pommiers. Dans le Sud apparaît le coton.

À l’ouest de la Grande Vallée appalachienne, l’agriculture est encore très traditionnelle et pauvre: exploitations trop petites, rendements médiocres, population d’origine néerlandaise qui refuse l’évolution. Une partie de la population travaille dans les mines (ciment, grâce au calcaire de la Lehigh Valley: 12 p. 100 de la production des États-Unis; ardoise: 50 p. 100; marbre, etc.), mais l’essor de la région est lié à l’exploitation, dès 1768, du plus grand gisement d’anthracite des États-Unis, ce qui a permis de concentrer la métallurgie jusqu’en 1875, date de la découverte des immenses gisements de Pennsylvanie occidentale qui ont provoqué un déplacement de l’industrie vers Pittsburgh. La régression de la production charbonnière est importante (30 Mt en 1970, 98 Mt en 1916). Mais la présence du charbon a permis, dès le milieu du XIXe siècle, le développement de la métallurgie ainsi que de l’industrie textile (Scranton, Wilkes Barre, Bethlehem); cependant, l’importance relative de ces villes décline également devant les méthodes modernes de production de l’acier. Plus au sud, une autre partie du bassin charbonnier a été exploitée et a permis la croissance de villes industrielles comme Birmingham (908 000 hab.). Celle-ci possède, outre le charbon, du minerai de fer (10 p. 100 des réserves des États-Unis) ainsi que du fondant calcaire. Aussi, le fer et l’acier produits à Birmingham sont-ils réputés pour leur prix de revient très bas; c’est pourquoi les grandes aciéries du Nord-Est, en particulier l’United States Steel Corporation, mirent la main sur la production d’acier régional dès 1907. En 1980, la production d’acier représentait moins de 5 p. 100 de celle des États-Unis. La crise de la sidérurgie touche la ville et l’emploi industriel est en baisse (moins 16 p. 100 entre 1981 et 1982). À cette date, les ouvriers étaient au nombre de 49 600. L’acier est utilisé pour la construction de divers types de machines et de voitures automobiles, tandis que coexistent des usines de textiles, d’engrais, de produits chimiques, de travail du bois et bien d’autres spécialités. Cette ville est également un important carrefour routier, ferroviaire et fluvial.

Les plateaux appalachiens

Les vastes régions de plateaux qui s’étendent au nord et à l’ouest des Appalaches sont surtout caractérisées par leurs considérables richesses minières. Pourtant, dans le Nord, malgré des conditions climatiques rudes, de belles prairies naturelles permettent un important élevage laitier; les alentours privilégiés des Finger Lakes, bien abrités, ont des cultures maraîchères mécanisées et soignées qui utilisent au mieux la période d’été continentale, courte mais chaude; des vergers occupent également une place importante. Plus on va vers l’ouest, plus le relief est heurté et plus la forêt est étendue (50 p. 100 environ des terres).

Les richesses minières sont d’une tout autre importance: un vaste bassin charbonnier s’étend sur tout l’ouest de la Pennsylvanie, l’est de l’Ohio et l’ouest de la Virginie. C’est le plus grand dépôt mondial de charbon à coke, et l’épaisseur des couches peut dépasser 3 mètres; mais on estime que les réserves sont limitées (un quart des réserves nationales), et les conditions d’extraction deviennent de plus en plus difficiles. La production a glissé vers l’ouest, vers le Kentucky, où de nombreuses mines à ciel ouvert ont été mises en exploitation. Ce dernier est devenu le premier État producteur des États-Unis: 153 Mt en 1989 contre 60 en 1960. Il a dépassé la Virginie-Occidentale qui occupait la première place et qui se maintient difficilement à 120 Mt. La production appalachienne représente la moitié du charbon bitumineux des États-Unis contre 75 p. 100 dans les années soixante. On a également exploité du pétrole (le premier gisement des États-Unis en 1859), mais il ne représente plus actuellement que 1 p. 100 de la production nationale et 2 p. 100 des réserves. La production de gaz est également en voie d’épuisement (3 p. 100 des réserves nationales). L’importance des produits énergétiques, l’énormité des marchés de consommation voisins, l’organisation d’un puissant réseau de transport déterminèrent la création d’un grand complexe industriel qui va de Pittsburgh à Cleveland.

Après avoir exploité un minerai de fer local, on a fait appel au minerai des gisements du lac Supérieur; celui-ci était acheminé par voie d’eau et par voie ferrée, et la métallurgie s’est installée tout au long des voies de communication; inversement, on expédie du charbon vers les foyers industriels de la région des Grands Lacs. À côté des aciéries se sont installées un grand nombre d’industries de transformation et de constructions mécaniques (équipement pour les chemins de fer, construction électrique, pièces mécaniques pour les voitures, etc.). Pittsburgh (3 683 000 hab. dans l’agglomération) est le cœur d’une région qui, par sa population et son importance économique, occupait le huitième rang aux États-Unis à la fin des années soixante. Mais la ville de Pittsburgh elle-même a connu une diminution de la population marquée depuis les années soixante-dix, en raison d’un solde migratoire négatif; elle se place désormais au treizième rang. Le nombre des ouvriers est également en régression (réduction des effectifs de 23 p. 100 entre 1981 et 1982). La production d’acier de Pittsburgh et de sa région représentait encore 33 p. 100 du total national vers 1975; elle est tombée à 12 p. 100 à la fin des années quatre-vingt. La Pennsylvanie occidentale a vu sa production charbonnière tomber de 100 à 70 Mt.

À l’origine de cette fortune, il faut mentionner la situation exceptionnelle de Pittsburgh, au carrefour de trois rivières navigables qui sont à l’heure actuelle trois rues industrielles, au voisinage de matières premières intéressantes, mais aussi l’époque du développement qui a coïncidé avec l’expansion des voies ferrées entraînant d’énormes besoins d’acier, et enfin l’initiative de quelques hommes, dont Andrew Carnegie qui en fit la capitale de l’acier avant de vendre son entreprise, en 1901, à la United States Steel Corporation. De nos jours, la ville reste le siège social de cette société et de la National Steel. Le centre de la ville est le célèbre «Golden Triangle», un des sites urbains les plus fameux des États-Unis, où les gratte-ciel dominent les eaux convergentes des grandes rivières qui portent des flux de marchandises et de richesses. La région fabrique également du matériel téléphonique, des constructions aéronautiques, de l’aluminium, des produits chimiques, du papier, du verre, des produits alimentaires (la firme Heinz). Plus au sud, en Virginie-Occidentale, la vallée de la Kanawha a mérité d’être surnommée «la Ruhr de l’industrie chimique aux États-Unis»: on y produit aussi bien de l’ammoniaque que de la soude, des plastiques, du textile synthétique, des alliages à base d’acier, du verre, du caoutchouc, etc. Cependant, l’industrie subit une mutation. Entre Pittsburgh et le lac Érié fleurissent d’autres centres: Canton, la ville de l’acier, Akron, la capitale mondiale du caoutchouc synthétique... Pourtant, l’ancienneté de ce développement industriel le rend vulnérable: certaines installations sont démodées; les industries modernes manquent de place pour se développer; les sources d’énergie actuellement en essor comme le pétrole ou le gaz naturel sont loin, mais les intérêts financiers puissants sont un gage des efforts faits pour maintenir et adapter le développement régional.

La vallée de la Mohawk coupe transversalement ces étendues; elle est utilisée par des voies de communication qui constituent son atout majeur, en particulier le canal Érié, et c’est une zone d’industries diversifiées employant une main-d’œuvre hautement qualifiée, et jalonnée par toute une série de villes: Rochester, domaine des appareils photographiques, de l’optique et de la confection, Schenectady, qui produit des locomotives et des constructions électriques, Syracuse des porcelaines et des aciéries, Rome du cuivre, Troy des chemises, Utica de la bonneterie. Au débouché des Grands Lacs, Buffalo (1 200 000 hab. avec son agglomération) est le premier port des États-Unis pour la minoterie et possède également des aciéries puissantes grâce aux transports fluviaux, ainsi qu’une industrie de l’aluminium.

Le plateau de Cumberland, au sud-ouest, est au contraire une région d’ancienne colonisation, où habitent des gens parmi les plus pauvres des États-Unis: ce sont, pour les trois quarts, des ruraux vivant d’une agriculture ou d’une exploitation minière médiocre. Les fermes de faible étendue (4 ha) et de maigre rendement produisent surtout du maïs; le coton apparaît dans le Sud, mais l’érosion des sols, l’épuisement dû à des défrichements exagérés, les familles nombreuses, l’indolence naturelle de la population n’ont guère permis, jusqu’à présent, d’apporter les améliorations nécessaires. Il faut cependant noter la prospérité plus grande des bassins de Lexington et de Nashville, où un sol plus riche assure la qualité de l’herbe, la fameuse Blue Grass , qui alimente un élevage chevalin, la culture du maïs et celle du tabac.

La vallée du Tennessee

La vallée du Tennessee forme une grande unité qui coupe une partie des Appalaches centrales et méridionales. C’est le premier exemple, aux États-Unis, d’une planification régionale sur une étendue égale à celle de l’Angleterre. En 1933, la vallée faisait vivre 7 millions d’habitants; 3 millions étaient fixés dans la vallée même et 4 millions dans les régions voisines. Cette population, dont la natalité était d’un tiers plus élevée que dans le reste du pays, avait un revenu égal à 40 p. 100 seulement du revenu brut moyen; elle était composée à 77 p. 100 de ruraux; or plus de 10 p. 100 des terres arables étaient épuisées, et à l’érosion intense des sols s’ajoutaient les crues dévastatrices des fleuves. Devant ces circonstances catastrophiques, rendues encore plus graves par la crise économique de 1929-1930, l’intervention de l’État aboutit à la création, le 10 avril 1933, de la fameuse T.V.A. (Tennessee Valley Authority). Le plan prévoyait la construction de sept grands barrages, le développement de la navigation, la lutte contre les inondations, l’irrigation et la production d’électricité. Les premiers travaux furent achevés dès 1942 et on comptait plus de cinquante barrages à la fin des années quatre-vingt. Tout est coordonné en un système unique qui permet une voie navigable de plus de 1 200 kilomètres donnant la possibilité d’atteindre l’Ohio et, de là, soit les Grands Lacs, soit le bas Mississippi. Le trafic dépasse 2,2 milliards de tonnes-miles, soit 100 fois plus qu’en 1933. La production d’électricité atteint 95 milliards de kWh (1988) dont la majeure partie est d’origine thermique. L’électricité doit être vendue en priorité aux organismes publics et aux coopératives. Près de la moitié de la production est absorbée par les usines d’énergie atomique et de défense nationale. Cette énergie, dont le prix est 40 p. 100 moins cher que dans le reste des États-Unis, a permis une véritable transformation de l’économie et, dans les années soixante-dix, la consommation moyenne d’énergie par habitant était deux fois et demie plus élevée que la moyenne nationale. Les méthodes agricoles ont été améliorées, et l’électrification des travaux et de la vie domestique est totale; l’accroissement des transports par voie d’eau a diminué les frais et favorisé la création d’usines; la suppression des crues a épargné d’énormes dommages; l’industrialisation a été poursuivie et a permis le développement de centres spécialisés: Alcoa, établi dès 1914 pour produire de l’aluminium; Oak Ridge, première usine atomique des États-Unis; Kingsport, Elisabeth Town pour la rayonne et la cellulose, sans compter de multiples usines locales (engrais). Le revenu individuel a été multiplié par 17 dans la région depuis 1933, alors qu’il n’a fait que décupler dans l’ensemble du pays. La capitale régionale, Knoxville (599 000 hab.), est non seulement un grand centre industriel (cimenteries, usines textiles, minoteries, métallurgie spécialisée, fabrique de meubles), mais aussi un important centre commercial entre les voies nord-sud et ouest-est qui traversent les Appalaches.

La politique énergétique, du reste ralentie, prime l’action générale en faveur du développement. Mais, depuis 1965, un plan régional de développement a été conçu pour l’ensemble des Appalaches: il privilégie la formation professionnelle, la rénovation urbaine, le développement du réseau autoroutier et la reconquête des sites miniers anciennement exploités.

Appalaches
massif hercynien de l'E. des È.-U., entre le Saint-Laurent et l'Alabama, s'étendant sur 2 000 km; 2 037 m au mont Mitchell. La chaîne, qui s'élargit au S., est coupée de dépressions. Le système (tectonique) appalachien se prolonge jusqu'à Terre-Neuve.
Gisements houillers.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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